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mar 22

« Les jeunes ne sont pas apathiques »

Michael Bruter.

Crédit Photo : Christian-Lionel Dupont

Rencontre avec Michaël Bruter, professeur de science politique à la London School of Economics et qui mène l’enquête pour l’Anacej sur les jeunes et leur rapport au vote.

Comment se déroule l’enquête ?

En pratique il y a en fait une double enquête : un panel de 750 jeunes de 15 à 17 ans, et un autre de 1000 jeunes de 18 a 25 ans. Les jeunes sont recrutés sur la base de la représentativité de leurs foyers (car c’est la population pour laquelle nous avons des données exactes sur la population réelle).

L’enquête se déroule en ligne, ce qui est un des modes les plus largement acceptés par la communauté scientifique pour les jeunes. Ce moyen est préférable au téléphone car de nombreux jeunes n’ont pas de ligne fixe et sont difficile à approcher en personne. C’est particulièrement le cas des 18-25 ans qui habitent souvent dans des résidences partagées (exemple cités u, appartements en colocation, etc) ou peuvent ne pas se trouver à la même adresse en semaine et le weekend par exemple.

Quand les résultats seront-ils publiés ?

L’enquête a lieu en deux vagues : une première vague menée au soir du premier tour des municipales 2014 (le 23 mars), et une seconde vague dans les 10 jours précédant les élections européennes (donc la semaine du 19 mai). Nous travaillons avec l’idée de fournir des premières indications globales sur la première vague avant le deuxième tour des municipales. Cependant, cela dépendra de la rapidité du travail terrain et de la structure des données récoltées donc nous ne saurons le calendrier exact qu’au dernier moment. De même, nous espérons présenter des indications générales sur la deuxième vague juste avant les Européennes mais l’analyse affinée ne suivra qu’en juin quand nous aurons eu le temps d’analyser le détail des données.

Sur quoi les questions portent-elles ?

Là, on garde un peu d’effet de surprise ! Il y a des questions sur ce que les élections représentent pour les jeunes, la manière dont ils les découvrent, leurs espoirs et craintes vis-a-vis de la démocratie électorale, leur vision de l’abstention, leur perception du discours politique et de ce qui pourrait les pousser à voter, leur évaluation de plusieurs solutions possibles à la crise de participation actuelle.

En quoi cette enquête est elle importante et novatrice dans le contexte actuel ?

L’enquête est importante à l’heure actuelle parce que les générations successives n’ont jamais cessé de participer moins que les précédentes, et il s’agit là de vrais effets générationnels. En particulier, le travail de Sarah Harrison et moi-même a confirmé que les jeunes qui s’abstiennent les deux premières élections de leur vie risquent de devenir des abstentionnistes chroniques. Il s’agit donc de trouver des moyens de les amener vers les urnes au tout début de leur vie civique. De plus, un des aspects très innovants de cette enquête auquel nous avons tenu, a été d’essayer de comprendre des mécanismes politiques et psychologiques plus profonds que la norme des enquêtes habituelles, c’est à dire essayer de comprendre la cause des comportements politiques plutot que leur simple expression. Le volet visant à tester un nombre de solutions potentielles est aussi curieusement inhabituel.

Quel est votre point de vue sur l’évolution de la participation des jeunes aux élections ?

Il y a une vraie difficulté à caractériser la crise actuelle entre des médias et de nombreux commentateurs qui parlent d’apathie et beaucoup d’entre nous notamment dans la communauté scientifique qui pensent que les jeunes sont cyniques mais pas apathiques et qu’il y a donc une vraie responsabilité des élites politiques et sociales qui les déçoivent ou ne répondent pas a leurs préoccupations fondamentales. Cependant, attendons les résultats de notre enquête pour vous en dire plus.

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