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nov 16

« Les jeunes ne sont pas moins politisés (…), ils s’intéressent autant à la politique et ont autant de compétences pour la comprendre que les autres générations »

Entretien avec Pierre Bréchon, professeur de science politique à l’Institut d’études politiques de Grenoble et chercheur au CIDSP (Centre d’informatisation des données socio-politiques, unité CNRS).

Quand on parle des jeunes électeurs, de quelle tranche d’âge parle-t-on ? Pourquoi distinguer cette tranche d’âge ?

Il n’y a pas véritablement de frontière quand à l’âge auquel on entre dans la jeunesse ou on en ressort. Il n’est pas important de fixer un âge d’entrée ou de sortie de la jeunesse, mais en sociologie, on catégorise afin de déterminer s’il y a des différences entre tranches d’âge. Il s’agit de catégories provisoires et conjoncturelles, l’âge de sortie est fixé à 24, 29 ans, ou encore entre 18 à 22 ans si l’on s’intéresse aux personnes qui vont voter en 2012 pour la première fois à une élection présidentielle.

Les éléments qui déterminent ce qu’est la jeunesse ne sont pas adaptés pour des études quantitatives. La fin de la jeunesse peut être liée à l’entrée dans des responsabilités, comme la parentalité, un emploi stable, un couple stable. On ne doit pas accorder trop d’importance à la définition de la jeunesse selon une tranche d’âge arrêtée.

Leur vote est-il différent des autres tranches d’âge ?

Dans le cadre des sondages, qui sont déclaratifs, on ne voit pas forcément de différences avec les autres tranches d’âge. Dans les actes, les plus jeunes on un comportement plus abstentionniste, mais ça dépend des élections. L’abstention est beaucoup plus forte pour les élections européennes, législatives et cantonales. En revanche pour l’élection présidentielle, il y a peu de différence dans la participation entre les tranches d’âge.

En terme d’orientation politique, il faut être prudent, mais en général, à toutes les élections sous la Ve République, les jeunes sont légèrement plus à gauche et les plus âgés plus à droite.

On peut donner plusieurs explications. Il y a une orientation de type, cycle de vie. Les jeunes sont plus marqués par des idées plus généreuses et moins attentifs à des considérations matérielles. Alors que les tranches d’âge plus âgées votent de manière plus prudente et réaliste.

Quels éléments expliquent les variations de participation aux élections ?

Le taux d’abstention varie selon les élections elles-mêmes. Entre 15 et 28% pour une élection présidentielle. Pour des élections législatives, européennes ou cantonales on peut dépasser les 50% d’abstention sur l’ensemble du corps électoral. Pour la cantonale de mars 2011, seul un jeune sur trois a été voter au 1er tour, pour un taux général de 56% d’abstention.

Pour expliquer cette abstention, tous les politologues ne sont pas d’accord, mais on peut donner quelques raisons et lutter contre des idées reçues.

Les jeunes ne sont pas moins politisés. Toutes les enquêtes montrent qu’ils s’intéressent autant à la politique et ont autant de compétences pour la comprendre que les autres générations.

Des sociologues considèrent que ce serait parce qu’ils sont moins insérés dans la vie active. Anne Muxel parle du moratoire des années de jeunesse. A cette période on est encore en période de formation et de socialisation politique. Aujourd’hui on rentre dans l’âge adulte de plus en plus tard à cause de l’allongement des études, des stages, du chômage.

Mais ça n’explique pas tout. La culture politique n’est plus la même. Des générations précédentes votaient par sens du devoir, pour être un bon citoyen, et votaient donc parfois sans vraiment choisir mais par défaut. Aujourd’hui parmi les jeunes générations, on vote quand on a le sentiment qu’il y a un candidat meilleur que l’autre, ou pour barrer la route à un candidat qu’on craint.

Il y a un fort processus d’individualisation dans notre société qui existe aussi en politique. On ne veut pas faire comme les autres mais pouvoir juger par soi-même. Le vote est plus vu comme un droit qu’on exerce s’il est pertinent.

Enfin, une des explications de la hausse de l’abstention, ne touche pas que les jeunes. Il y a un rejet de la culture politique de plus en plus répandu et donc la hausse d’une abstention de type protestataire. Ce type d’abstention est liée au vote populiste.

Propos recueillis par Erwan Dagorne

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